
Les meilleurs films de folk horror
Le folk horror parle de la terre. Pas de la nature au sens romantique — celle des cartes postales et des randonnées — mais de la terre comme antériorité, comme savoir transmis, comme tribunal silencieux qui n'a pas pardonné les fondations de la modernité. C'est un sous-genre qui réveille des cultes pré-chrétiens, qui interroge ce que le christianisme a écrasé pour s'imposer, et qui demande systématiquement : qu'est-ce qui survit quand la ville disparaît ?
Cette sélection retrace la trinité fondatrice britannique de la fin des années 60, la renaissance des années 2010 (Wheatley, Eggers, Aster) et la vague globale qui suit (Islande, Inde, Pays de Galles). Quatorze films pour comprendre pourquoi The Wicker Man reste indépassable et pourquoi le sous-genre est plus vivant que jamais.

Premier sommet d'une trinité que la critique anglo-saxonne baptisera "unholy trinity" du folk horror. Michael Reeves, vingt-quatre ans, filme un chasseur de sorcières mandaté par Cromwell qui sillonne l'East Anglia. Vincent Price livre une performance glaciale, sans glamour. Reeves mourra avant la sortie, à 25 ans — Witchfinder General reste un film politique sur la corruption du pouvoir religieux, plus que sur le surnaturel.

Piers Haggard installe le folk horror dans la campagne anglaise de la fin du XVIIe siècle. Une charrue déterre quelque chose qui n'aurait pas dû l'être, un culte se forme parmi les enfants du village. The Blood on Satan's Claw est le film de la trinité où la corruption s'insinue lentement, sans héros pour s'y opposer. La photographie en couleurs saturées trouve son sujet dans la sève, la boue, le sang menstruel.

Le sommet absolu. Robin Hardy filme un policier protestant débarquant sur une île écossaise où le christianisme n'a jamais pris. Christopher Lee dans le rôle de sa vie. The Wicker Man mélange comédie musicale païenne, drame policier et horreur cosmique en évitant absolument la routine du sous-genre. Le finale dans l'effigie d'osier reste l'image la plus puissante jamais produite par le folk horror — et son intelligence est de la rendre quasi joyeuse.

Téléfilm BBC réalisé par Alan Clarke, scénario de David Rudkin, mille fois cité, jamais montré. Un adolescent fragile dans le Worcestershire découvre que l'Angleterre profonde n'est ni chrétienne ni anglo-saxonne, mais une terre démoniaque, sexuelle, païenne. Penda's Fen est probablement l'œuvre folk horror la plus intellectuelle — un essai dramatisé sur l'identité nationale, l'orientation sexuelle, et ce que la BBC pouvait diffuser en 1974.

Ben Wheatley relance le folk horror britannique avec un film de tueurs à gages qui ne ressemble pas à un film de folk horror — jusqu'aux trente dernières minutes. Kill List fonctionne comme une bombe à retardement : drame familial, polar criminel, puis bascule rituelle dans une forêt anglaise. Wheatley a déclaré n'avoir jamais voulu faire un film de genre. Le résultat est une des œuvres les plus brutales du renouveau.

Wheatley récidive avec un huis-clos noir et blanc pendant la guerre civile anglaise du XVIIe siècle. Quatre déserteurs trouvent un champ et un homme qui leur fait fumer des champignons. A Field in England est un film d'épouvante hallucinogène, formaliste, où chaque plan est une provocation. Le sous-genre n'avait jamais été aussi proche de l'art-house. Pas pour tout le monde — mais quelle audace.

Found footage et folk horror se rencontrent. Elliot Goldner filme deux enquêteurs du Vatican envoyés vérifier un miracle dans le Devon — caméras corporelles, sons captés en direct, atmosphère étouffante. The Borderlands est l'un des rares films found-footage à exploiter sérieusement la topographie britannique : le sous-sol médiéval, les pierres païennes, ce qui dort sous l'église. Final mémorable.

Robert Eggers reconstitue la Nouvelle-Angleterre puritaine du XVIIe siècle avec un soin maniaque — bois véritable, dialecte d'époque, lumière naturelle uniquement. The Witch (sous-titre : A New-England Folktale) suit une famille bannie d'une colonie et s'enfonçant dans la forêt. Pas un seul jump scare, l'horreur entièrement contenue dans la patience d'Eggers à laisser la peur se construire. Anya Taylor-Joy révélée.

Ari Aster filme le folk horror caché dans le drame familial. Hereditary ressemble pendant une heure à un Bergman sur la souffrance après le deuil, puis pivote vers le démoniaque sans le signaler. Toni Collette livre l'une des performances horreur les plus violentes de la décennie. Le pacte sectaire qui apparaît à la fin n'est pas une révélation mais une confirmation : tout dans le film y conduisait sans qu'on le voie.

Folk horror indien. Rahi Anil Barve filme un mythe maharashtrien sur un dieu mort que sa mère cache au monde — quiconque le réveille perdra ce qu'il a de plus précieux. Tumbbad est superbement photographié dans des tons de pluie incessante et d'ocre, mélange conte moral, film de monstre et drame d'avidité. Le folk horror n'avait jamais regardé ailleurs qu'en Europe. Tumbbad prouve que la grammaire fonctionne partout où il y a des dieux refoulés.

Aster récidive, change de décor : la Suède du Värmland, plein été, soleil de minuit. Midsommar est un film de rupture amoureuse qui fait semblant d'être un film d'horreur — Florence Pugh accomplit son deuil dans une communauté qui le ritualise. La sequence finale est l'une des plus discutées des années 2010. Folk horror en lumière du jour, sans ombres — c'était la rupture esthétique qui manquait au sous-genre.

Valdimar Jóhannsson filme un couple de fermiers islandais qui élève un agneau-enfant. Lamb refuse l'expressivité — pas de musique pendant les deux tiers du film, peu de dialogues, longs plans sur le paysage volcanique. C'est une fable païenne où la transgression de la frontière entre l'humain et l'animal entraîne une vengeance lente. Noomi Rapace tient le film. A24 a vu juste en distribuant ça.

Premier film gallois nominé aux BAFTA. Lee Haven Jones filme un dîner bourgeois dans une ferme reconvertie en maison contemporaine — sauf que la jeune cuisinière qu'on a engagée pour servir n'est pas exactement humaine. The Feast (Gwledd) parle d'extraction minière, de capitalisme rural, et de la vengeance de l'esprit du lieu. Folk horror anti-capitaliste qui ne déguise pas sa thèse — et c'est tant mieux.

Alex Garland enferme Jessie Buckley dans une maison anglaise de campagne où tous les hommes ont le même visage (Rory Kinnear). Men est l'œuvre folk horror la plus difficile à défendre de cette liste — interprétation de la misogynie systémique en parade allégorique, finale grotesque qui divise même les défenseurs du film. Mais Garland filme la campagne anglaise comme une menace, et c'est exactement ce que le sous-genre exige.
Le folk horror n'a jamais besoin d'expliquer. La terre se souvient, le village sait, le rituel a sa propre logique. C'est ce qui le rend si robuste — quand le sous-genre voyage (Inde, Islande, Pays de Galles), il garde sa thèse intacte parce que la thèse n'est pas culturelle, elle est anthropologique. Si vous voulez commencer : The Wicker Man d'abord. Puis The Witch. Le reste s'ouvrira par enchaînement.